Olivier, 41 ans, resp. RSE dans une entreprise de services à Puteaux, a un problème concret. Cinquante-deux salariés viennent travailler sur son site. Un parking vélo quasi vide. Et une direction qui lui demande un plan de mobilité pour la fin de l’année.
Il ne sait pas par où commencer.
Pas par le plan. Par le diagnostic. C’est l’ordre logique — et la plupart des entreprises l’inversent.
Un diagnostic mobilité des salariés, c’est l’étape qu’on fait avant de lancer un plan d’actions. On part de la réalité des trajets, pas d’une idée toute faite. Concrètement, il combine trois choses : une enquête déplacements domicile-travail (un questionnaire en ligne sur 2 à 3 semaines), une analyse origine-destination (on place les adresses des salariés sur une carte pour mesurer les distances) et une étude d’accessibilité du site (maillage cyclable, parking vélo, trottoirs). On croise tout ça pour mesurer le potentiel vélo et le report modal possible. Le traitement des adresses respecte le RGPD. Aucun pourcentage de participation ou de report modal n’est avancé ici : ça dépend de chaque entreprise.
En bref : trois volets (enquête en ligne + cartographie origine-destination + étude d’accessibilité) → potentiel vélo identifié → plan d’actions construit sur des données réelles. Seuil PDME : 50 salariés et plus sur un même site dans une agglomération de plus de 100 000 habitants.
Sommaire
- Qu’est-ce qu’un diagnostic mobilité des salariés
- L’enquête déplacements domicile-travail
- L’analyse origine-destination : cartographier les trajets
- Identifier le potentiel vélo et le report modal possible
- Du diagnostic au plan de mobilité employeur
- Cadre PDME et outils (ADEME, Île-de-France Mobilités)
- Combien de temps pour réaliser un diagnostic mobilité
- Se faire accompagner pour un diagnostic fiable
Qu’est-ce qu’un diagnostic mobilité des salariés ? {#quest-ce-qu-un-diagnostic-mobilite-des-salaries}
Imaginez que vous commandez un repas sans demander ce que vos invités aiment. Vous risquez de préparer quelque chose que personne ne mangera. C’est exactement ce qui se passe quand une entreprise lance des actions de mobilité sans diagnostic préalable.
Le diagnostic mobilité est l’étape préalable indispensable avant de définir un plan d’actions. Il garantit que les mesures retenues correspondent à la réalité des déplacements et aux besoins des collaborateurs — pas à une intuition.
L’ADEME distingue trois types de diagnostics :
| Type de diagnostic | Objectif principal |
|---|---|
| Étude des flux de déplacements (dont domicile-travail) | Cartographier les distances et analyser le potentiel par mode |
| Étude d’accessibilité du site | Recenser les infrastructures cyclables et transports à proximité |
| Enquête sur les pratiques et besoins en mobilité | Connaître les habitudes, les freins et les intentions des salariés |
Ces trois volets se complètent. Le résultat : un profil mobilité de l’établissement qui sert de base solide pour construire un plan de mobilité vélo employeur cohérent. Pour remettre le diagnostic dans son contexte global, notre guide vélotaf complet donne une vue d’ensemble de la démarche.
Céline, 38 ans, RH dans une PME de Boulogne-Billancourt, a lancé un plan de covoiturage sans diagnostic. Six mois plus tard, personne ne l’utilisait. La cartographie des adresses aurait montré que la majorité de ses collègues habitent à moins de 8 kilomètres du bureau — du vélo, pas du covoiturage.
L’enquête déplacements domicile-travail : recueillir les données {#lenquete-deplacements-domicile-travail}
C’est la brique humaine du diagnostic. On demande directement aux salariés comment ils se déplacent, ce qui les gêne, ce qui les motiverait à changer.
L’enquête mobilité est généralement diffusée en ligne sur 2 à 3 semaines. À l’issue, l’employeur connaît les pratiques actuelles, les leviers de motivation et les intentions de report modal de ses collaborateurs — sans inventer de chiffre, puisque les réponses viennent des salariés eux-mêmes.
Qui mobiliser en interne ?
| Acteur | Rôle |
|---|---|
| Service RH | Fournit le listing des adresses des collaborateurs |
| Service IT / DPO | Veille au respect du RGPD lors du traitement des adresses |
| Service communication | Lance l’enquête et organise les relances |
| Direction | Appuie la communication pour encourager la participation |
Le RGPD n’est pas un obstacle. C’est une contrainte à anticiper : le service IT ou le délégué à la protection des données (DPO) intervient en amont pour cadrer le traitement des adresses.
Checklist pour préparer l’enquête :
- Obtenir le listing anonymisé des adresses via le service RH
- Valider le traitement des données avec l’IT/RGPD avant tout envoi
- Choisir une période propice : le printemps ou la Semaine européenne de la mobilité en septembre
- Planifier plusieurs relances avec le soutien de la communication interne
- Prévoir un questionnaire court (les sondages trop longs découragent la participation)
Mamadou, 52 ans, DSI d’un groupe situé à La Défense, a géré la partie RGPD pour l’enquête de son site. Sa règle : données de localisation = données sensibles. On anonymise, on agrège, on ne transfère pas de fichiers nominatifs hors du périmètre RH.
L’analyse origine-destination : cartographier les trajets {#lanalyse-origine-destination}
Une fois les adresses collectées (de façon anonymisée), on les place sur une carte. C’est l’étude des flux domicile-travail — ou analyse origine-destination.
Elle permet d’analyser trois choses concrètes :
- Les distances parcourues : on repère qui est à 2 km, à 8 km, à 25 km du site
- Le potentiel par mode : marche sur les très courtes distances, vélo sur les distances moyennes, transports en commun sur les longues distances
- Les concentrations : des salariés habitant dans le même quartier représentent un potentiel de covoiturage
Attention : ce diagnostic reste théorique. Il ne prend pas en compte les contraintes professionnelles ou personnelles — les horaires décalés, les enfants à aller chercher, la charge à transporter. Il est aussi recommandé de croiser les horaires de travail avec les horaires des transports en commun pour affiner les résultats.
En Île-de-France, le réseau Pro’mobilité propose une méthode pas-à-pas qui inclut la réalisation d’une carte de domiciliation anonyme pour identifier les potentiels de report modal. Cette méthode est utilisée par les conseillers en mobilité qui accompagnent les entreprises franciliennes.
La cartographie complète le questionnaire. Elle dit où les gens habitent. L’enquête dit comment ils se déplacent et pourquoi. Les deux ensemble donnent une image fiable.
Identifier le potentiel vélo et le report modal possible {#identifier-le-potentiel-velo}
C’est l’aboutissement des deux premières étapes. On croise les distances cartographiées avec les données de terrain — et là, on peut parler de potentiel vélo.
Le potentiel vélo se déduit du croisement entre les distances domicile-travail et l’offre en aménagements cyclables identifiée par l’étude d’accessibilité du site.
L’étude d’accessibilité, c’est le troisième volet du diagnostic. Elle recense et évalue les infrastructures à proximité du site :
- Maillage cyclable : pistes, bandes, voies partagées autour du site
- Qualité des trottoirs et de la signalétique pour les déplacements à pied
- Dimensionnement et sécurité du parking vélo
- Offre de transports en commun (lignes, fréquences, horaires) et correspondances
Le résultat : l’employeur sait quels modes sont pertinents pour ses salariés selon leur distance. Il identifie aussi les pistes d’amélioration — un parking vélo trop petit, une voie cyclable manquante sur 500 mètres.
Ce potentiel ne se traduit pas en pourcentage universel. Il n’existe pas de chiffre générique sur la part de salariés “prêts à passer au vélo” : c’est propre à chaque site, chaque territoire, chaque population. Pour convertir ce potentiel en résultats concrets, lisez notre guide sur le report modal vers le vélo en entreprise.
Checklist “des données au potentiel vélo” :
- Cartographier les distances par tranches (< 5 km, 5-10 km, 10-20 km, > 20 km)
- Croiser avec la carte cyclable locale (pistes, axes dangereux, jalons manquants)
- Vérifier le parking vélo : capacité, abri, sécurité
- Repérer les salariés éloignés ou isolés qui ont des besoins spécifiques
- Identifier les concentrations géographiques utiles pour le covoiturage
Du diagnostic au plan de mobilité employeur {#du-diagnostic-au-plan-de-mobilite-employeur}
Le diagnostic n’est pas une fin en soi. C’est la fondation du plan de mobilité employeur (PDME) — sans données, il reste vide.
Qui est concerné par le PDME ?
Les entreprises de 50 salariés et plus sur un même site situé dans une agglomération de plus de 100 000 habitants doivent élaborer un plan de mobilité employeur. Le plan doit notamment analyser les déplacements domicile-travail et être transmis à l’autorité organisatrice de la mobilité (AOM). Source : Service-Public, fiche F38002.
Le PDME intègre tous les sites de l’entreprise, y compris ceux qui accueillent moins de 50 salariés. Il est prioritairement élaboré lors des négociations annuelles. En l’absence d’accord, c’est l’employeur qui l’élabore seul.
À retenir : 50 salariés et plus / même site / agglomération > 100 000 habitants = PDME obligatoire. Pour tout ce qui concerne l’obligation légale, les délais et les sanctions, consultez notre guide sur le PDME obligatoire pour les employeurs.
Le contenu obligatoire du PDME comprend :
- L’évaluation de l’offre de transport existante et projetée
- L’analyse des déplacements domicile-travail et professionnels (c’est le diagnostic)
- Un programme d’actions adapté avec plan de financement et calendrier
- Les modalités de suivi et de mise à jour
Le diagnostic vient nourrir ce contenu point par point. Sans données fiables sur les déplacements, le programme d’actions reste une liste de bonnes intentions.
Cadre PDME et outils de diagnostic (ADEME, Île-de-France Mobilités) {#cadre-pdme-et-outils}
Vous n’êtes pas seul pour réaliser ce diagnostic. Des ressources officielles existent, notamment en Île-de-France.
La boîte à outils ADEME (avril 2025)
L’ADEME a publié en avril 2025 une boîte à outils sur le plan de mobilité entreprise : fiches méthodologiques, trames de questionnaire, grille d’analyse. C’est la source officielle pour cadrer chaque étape du diagnostic.
Les facteurs clés de réussite mis en avant par l’ADEME : définir les objectifs et le périmètre dès le départ, nommer un “référent mobilité” (le pilote du projet), constituer un comité de pilotage et prévoir des actions de communication ciblées.
Pro’mobilité en Île-de-France
Pour les entreprises franciliennes, le réseau Pro’mobilité est la ressource de terrain. Animé par Île-de-France Mobilités, la Région IDF, la CCI Paris Île-de-France, l’ADEME, la DRIEAT, l’Institut Paris Région et la CRAMIF, il regroupe des conseillers en mobilité proches des entreprises. Ils peuvent accompagner les employeurs dans la réalisation du diagnostic et la définition des actions.
L’analyse gratuite pour les PME
La CCI Paris Île-de-France propose gratuitement aux PME, avec l’appui du FEDER, d’analyser les déplacements domicile-travail à partir des fichiers RH anonymisés. C’est une ressource officielle — pas un service commercial — qui permet aux petites structures de bénéficier d’une carte de domiciliation sans budget dédié.
D’autres acteurs peuvent contribuer au diagnostic : l’AOM locale (qui dispose parfois d’un service de conseil en mobilité), les exploitants de réseaux de transports (données utiles au diagnostic), ou des conseillers en mobilité du réseau Pro’mobilité.
Combien de temps pour réaliser un diagnostic mobilité ? {#combien-de-temps}
La question revient souvent. La réponse honnête : ça dépend du périmètre.
Un diagnostic sur un seul site avec une population bien délimitée se lance plus vite qu’un diagnostic multi-sites avec des populations hétérogènes.
Le seul repère officiel disponible : l’enquête en ligne se déroule sur 2 à 3 semaines. C’est la durée recommandée par l’ADEME pour obtenir un taux de réponse exploitable, à condition d’y associer une communication soutenue et plusieurs relances.
Le suivi et l’évaluation du plan de mobilité s’inscrivent, eux, dans une durée pluriannuelle — au moins cinq ans. Un diagnostic n’est pas un acte unique. Il se réévalue régulièrement pour mesurer l’impact des actions mises en place.
Pour la durée globale (collecte des adresses, cartographie, analyse, restitution), restez qualitatif ou demandez un cadrage à un conseiller en mobilité. Toute durée précise sans connaissance du périmètre serait inventée.
Se faire accompagner pour un diagnostic fiable {#se-faire-accompagner}
Réaliser un diagnostic mobilité sérieux prend du temps et demande des méthodes rigoureuses. La cartographie des adresses, le respect du RGPD, la conduite de l’enquête et l’analyse des flux ne s’improvisent pas.
Un moniteur titulaire du CQP Animateur Mobilité à Vélo (RNCP40916) peut vous accompagner sur la partie vélo et report modal : évaluation de l’accessibilité cyclable du site, identification du potentiel vélotaf parmi vos salariés, recommandations sur les aménagements à prioriser. Ce n’est pas une habilitation officielle à réaliser un PDME réglementaire — c’est un appui concret sur la dimension vélo, qui complète le travail des conseillers en mobilité.
Pour aller plus loin :
- Vous souhaitez un état des lieux de l’accessibilité cyclable de votre site ? Consultez notre page audit vélotaf entreprise pour comprendre ce que couvre un accompagnement centré sur le vélo.
- Votre diagnostic est posé et vous voulez passer au plan d’actions ? Retrouvez la méthode complète dans notre guide sur la construction d’un plan de mobilité employeur centré vélo.
- Des questions sur vos obligations légales ? Notre guide dédié aux obligations du PDME et cadre légal couvre le cadre réglementaire en détail.
Olivier, lui, a finalement demandé un accompagnement externe. Son parking vélo était vide non pas parce que ses salariés refusaient le vélo, mais parce que la piste cyclable s’arrêtait à 400 mètres du site. Le diagnostic l’a montré. Le plan d’actions a ciblé ça en premier.
Prêt à lancer votre diagnostic ? Contactez notre équipe pour échanger sur votre situation.
FAQ — Diagnostic mobilité des salariés
Qu’est-ce qu’un diagnostic mobilité en entreprise ?
C’est l’étape préalable au plan d’actions : on étudie les flux de déplacements, l’accessibilité du site et les pratiques des salariés pour coller à leurs besoins réels. L’ADEME distingue trois volets : l’étude des flux domicile-travail, l’étude d’accessibilité du site et l’enquête sur les pratiques.
Comment réaliser une enquête déplacements domicile-travail ?
On diffuse un questionnaire en ligne sur 2 à 3 semaines. Le service RH fournit les adresses, l’IT ou le RGPD veille à la conformité, le service communication pousse les relances. Les périodes idéales : le printemps ou la Semaine européenne de la mobilité en septembre.
Qu’est-ce qu’une analyse origine-destination ?
On place les adresses des salariés sur une carte pour mesurer les distances domicile-travail et repérer le potentiel par mode — marche, vélo, transports en commun — et les concentrations propices au covoiturage. Ce diagnostic reste théorique : il ne prend pas en compte les contraintes individuelles.
Comment évaluer le potentiel vélo des salariés ?
On croise les distances cartographiées avec l’offre cyclable relevée par l’étude d’accessibilité (maillage, parking vélo, qualité des trottoirs). Il n’existe pas de pourcentage générique : le potentiel dépend de chaque site et de chaque territoire.
Quelles entreprises doivent faire un plan de mobilité employeur ?
Celles de 50 salariés et plus sur un même site dans une agglomération de plus de 100 000 habitants. Le plan doit analyser les déplacements domicile-travail et être transmis à l’AOM. Source : Service-Public, fiche F38002.
Combien de temps pour réaliser un diagnostic mobilité ?
Ça dépend du périmètre. Repère officiel : l’enquête en ligne se déroule sur 2 à 3 semaines. Le suivi et l’évaluation du plan s’inscrivent ensuite à horizon pluriannuel, au moins cinq ans. Source : ADEME.